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Fablab, Hackerspace, les lieux de fabrication numérique collaboratifs

Typologie des différents lieux

Ces lieux peuvent porter plusieurs noms : on parle de lieux de fabrication numérique collaboratif, et pour faire plus court, de Fablab, parfois de hackerspaces. Ces termes ne recoupent cependant pas toujours la même réalité. Il existe bien des différences et des points communs revendiqués par les acteurs de ce mouvement.

Bien souvent, ce qui différencie les lieux, c'est leur contexte et les porteurs de projets. Le spectre est assez large, depuis le hackerspace, plutôt un regroupement de passionnés d'informatique qui prennent leurs habitudes dans un endroit donné, jusqu'au techshop, local d'entreprise ouvert à ses clients.

Des fondamentaux communs

Malgré ces différences, on constate que tous partagent un socle de valeurs communes.

Un lieu commun comme moteur

Dans un premier temps, toutes ces structures sont centrées sur un lieu, un espace physique où les membres, clients ou utilisateurs, peuvent se rendre. La composante sociale de ces lieux est fondamentale : c'est avant toute chose un endroit où des gens partageant une même passion peuvent se rencontrer et se retrouver.

Autant l'écriture de code informatique et la concrétisation de programmes est accessible à toute personne disposant d'un ordinateur, autant le travail sur la fabrication d'objet, de matériel, rend les choses plus compliquées en particulier à cause des coûts induits par le matériel (matière première, machine, espace...). C'est pour répondre à ce besoin (voire, le susciter) que les lieux de fabrication numérique existent.

Sans le lieu, pas de dimension laboratoire dans le Fablab, ni d'espace dans le hackerspace. Ainsi, si le lieu n'est pas nécessaire à la pratique de hacking ou bidouillage matériel, la matérialisation des intérêts commun dans la mutualisation autour d'un lieu unique permet une personnalisation des échanges et éventuellement un meilleur partage des expériences sur le terrain. Il en devient donc un élément primordial.

La fabrication comme passion

La passion autour de la fabrication numérique, la fabrication d'objet en utilisant des machines et divers méthodes numériques réunit les gens dans ce type de lieu. Cette fabrication peut s'exprimer dans des objets très variés et répondre à des objectifs ou besoins très différents :

  • objets décoratifs ;
  • objets utilitaires ;
  • objets industriels ;
  • objets médicaux ;
  • constructions de machines propres à faire évoluer la construction d'objet (dont les RepRap sont un exemple marquant) ;
  • jeux ou outils en étant issus, comme les drones, ou conçus comme des évolutions plus techniques du modélisme ;
  • construction d'objet comme sensibilisation à la maîtrise de l'environnement technologique. Autant l'écriture de code informatique et la concrétisation de programmes est accessible à toute personne disposant d'un ordinateur, autant le travail sur la fabrication d'objet, de matériel, rend les choses plus compliquées en particulier à cause des coûts induits par le matériel (matière première, machine, espace...). C'est pour répondre à ce besoin (voire, le susciter) que les lieux de fabrication numérique existent.

La liste peut évidemment être allongée et s'allongera nécessaire au fil des évolutions technologiques et de l'intérêt des participants.

Le partage comme moyen

La passion, souvent désintéressée, entraîne elle-même le goût du partage avec les autres passionnés. Cela se ressent fortement dans les machines à commande numérique, qui permettent, à partir de fichiers informatiques, de réaliser divers objets ou pièces. Cela a une importance capitale, puisque tout le mouvement "Open Source Hardware*" repose sur le partage, la diffusion de ces fichiers, pour leur amélioration continue par la communauté, de la même façon que cela est fait pour le logiciel libre.

On peut néanmoins remarquer que le simple échange de plans, d'informations sur la construction, les techniques mises en œuvre, sont également extrêmement importants. En un sens, il faut comprendre "numérique" non seulement comme la composante de pilotage de certaines machines, mais également comme le fait d'utiliser d'autres outils numériques (en particulier, de communication : internet, IRC*, e-mail, listes de diffusion) pour favoriser la fabrication.

D'autre part, on constate un transfert de valeurs et de méthodologies de travail depuis le monde du logiciel libre, vers celui du matériel libre, qui s'en inspire directement. D'une certaine manière, les Fablabs, Hackerspaces, sont des endroits physiques où les acteurs habitués au numérique se mettent au travail de la matière, en réutilisant et adaptant leurs méthodes habituelles.

Là où internet a permis aux développeurs de logiciels libres de se rencontrer (virtuellement), de se structurer pour enfin mener à bien divers projets d'envergure, les lieux de fabrication numérique ont pour vocation de permettre aux divers bidouilleurs de faire sensiblement la même chose dans le monde du matériel. Internet sert alors de lien entre les différents lieux, et comme un accès à des communautés plus larges.

Le matériel comme accroche

D'un autre côté, parce qu'il est nécessaire d'avoir tout un ensemble de matériels et d'outils pour fabriquer réellement des objets, les lieux de fabrication donnent à ceux qui les fréquentent, la possibilité de passer de l'idée à la réalisation concrète, grâce aux équipements mis à disposition. C'est cet accès libre à du matériel qui encourage l'éclosion de ce type de lieux, tout comme à un moment, les informaticiens se regroupaient pour accéder à des mainframes*, avant l'avènement de l'ordinateur personnel.

Bien qu'un certain nombre d'équipements soient de plus en plus à la portée des individus (exemple typique : l'imprimante 3D), on peut imaginer que certains équipements (type centre d'usinage sophistiqué, appareils de mesure spécialisés) restent réservés à des lieux plutôt qu'à des individus, puisque seule leur utilisation partagée peut être envisageable et avoir du sens économiquement. Ce qui laisse penser que les lieux de fabrication numérique ont vocation à perdurer.

Au final, peu importe le nom de la structure, ce qu'on retrouve à peu près systématiquement, ce sont des valeurs communes : ouverture à tous, émulation et entraide, partage des connaissances et des savoirs, une passion et une curiosité pour les sciences et techniques en général. Tout cela est assorti d'une envie de faire, d'expérimenter, de mettre en pratique, de se réapproprier les choses. La mise à disposition d'équipements permet de répondre à ces attentes.

Différentes implémentations

Le mot « Fablab » est aujourd'hui utilisé dans un sens plus large qu'à son origine : là où auparavant un Fablab était toujours utilisé pour nommer un atelier monté par une institution (typiquement une école), les choses ont évolué et le mot décrit maintenant tout lieu respectant la charte des Fablabs (voir annexe). Il faut ainsi faire la différence entre un Fablab institutionnel, contrôlé non pas par ses membres mais par une institution, et les Fablabs associatifs, fondés et contrôlés par leurs membres, extrêmement proches d'un Hackerspace dans les faits, mais adhérant à la charte et plus orientés vers le grand public et l'éducation populaire.

Il n'y a pas toujours de distinction claire entre lieu institutionnel et lieu associatif. Certains lieux sont complètement indépendants, d'autres sont entièrement sous la coupelle d'une autorité, mais des lieux dirigés par leurs membres peuvent être hébergés ou en partie financés par un acteur institutionnel et certains lieux dirigés par un tel acteur peuvent être tournés vers le public.

Hackerspace, Makerspace, Fablab associatif

Le mot hack, étymologiquement, s'approche de "hacher", "découper", "faire rapidement", on peut dire que le hacker aime couper les cheveux en quatre. Un maker est celui qui "fabrique" ou "fait". Un Fablab est un "laboratoire de fabrication".

Qui utilise ?

Les personnes qui fréquentent ces lieux sont des membres. Souvent, c'est l'échange autour de leur domaine d'expertise qui amène les membres à participer. Selon les cas, il arrive que l'accès aux ressources de l'espace soit réservé aux membres, et qu'une cotisation pour financer la structure soit demandée.

Qui crée/ pilote ?

La plupart du temps fondés par une petite communauté, qui s’étend par la suite, ils sont ensuite gouvernés par celle-ci, les décisions sont prises soit selon un modèle associatif classique, soit dans les lieux moins formalisés sur le modèle de la do-ocratie*.

Le matériel

Il est principalement récupéré, reconstruit, ou acheté collectivement. N'allez pas expliquer à un hacker de quel équipement il a besoin !

Fablab institutionel

Le Fablab est le type de lieu en pleine expansion à l'heure actuelle ou du moins celui qui fait le plus parler de lui.

Historique/définition

Le terme Fablab est la contraction de "Fabrication Laboratory", les principes du lieu ont été formalisés sous la forme de la charte des Fablabs par le MIT.

Qui l'utilise ?

Les personnes qui fréquentent un Fablab institutionel sont des utilisateurs, souvent élèves de l'école lorsque celle-ci porte le projet. Certains sont parfois ouverts au public. C'est souvent l'utilisation de matériels requis pour leur domaine d'activité qui amène les utilisateurs à fréquenter un Fablab. La plupart de ces Fablabs sont accessibles entièrement gratuitement.

Qui crée/ pilote ?

Dans la plupart des cas, on trouve à l'origine de ces Fablabs une institution (école, université), comme à l'origine du mouvement avec le MIT. Celle-ci souhaite ajouter à ses moyens un laboratoire de fabrication, ou bien transforme un ou plusieurs laboratoires existants selon les principes de la charte du MIT (en particulier : ouverture à tous).

En règle générale, la gouvernance est assurée par l'institution mère, et la gestion courante est faite par un ou plusieurs fabmanager, employés dont le rôle est d'assurer les ouvertures et l'encadrement des utilisateurs.

Le matériel

La majeure partie du matériel présent dans ces Fablabs est achetée neuf, pour des raisons de mises à disposition immédiate d'un ensemble cohérent de moyens de fabrication à destination des utilisateurs, de facilité de gestion, et, plus prosaïquement, de moyens financiers disponibles, grâce à l'institution mère.

La liste des équipements mis à disposition suit en général de près ou de loin la liste établie par le MIT. Cela a plusieurs avantages. En premier lieu, il est "facile" de constituer un tel Fablab, à condition de pouvoir acheter le matériel listé. Ensuite, si tous ces Fablabs sont équipés de façon similaire, un utilisateur peut indifféremment se rendre dans l'un ou l'autre, et disposer sensiblement des mêmes moyens. Un objet conçu et fabriqué à l'aide des machines numériques d'un Fablab est directement reproductible dans un autre Fablab, pour diffusion voire mieux : réutilisation, évolution et amélioration. Il s'agissait là d'un idéal présent à l'origine, mais des contraintes géographiques et économiques (par exemple les machines de la liste d'origine ne sont pas pratiques à obtenir en dehors des États-Unis) font que la population des machines reste très variée.

Techshop

Le techshop est moins connu car issu du monde de l'entreprise qui peut sembler moins en phase avec le mouvement associatif. 

Historique/  définition

Techshop est à l'origine une chaîne américaine de lieux de fabrication payants ou chacun peut venir, moyennant un abonnement, utiliser des machines industrielles (numériques ou non) pour réaliser ses projets. Les Techshops sont en général extrêmement bien équipés, et le prix s'en ressent. Le terme est utilisé aujourd'hui couramment pour décrire également les autres lieux de ce type n'appartenant pas forment à cette entreprise originelle.

Qui utilise ?

Les personnes qui fréquentent un Techshop sont des clients. Ils peuvent être des personnes privées réalisant des projets personnels, mais surtout des entreprises louant l'espace, le matériel et le savoir-faire a un prix inférieur à celui qu'ils payeraient en s'équipant eux-mêmes.

Qui crée/ pilote ?

Les Techshops sont des entreprises privées, cherchant à dégager une marge de profits. Par nature, très orientés vers l’encouragement de l'innovation et la création de valeurs, ils peuvent chercher des subventions publiques pour soutenir l'initiative privée.

Le matériel

Le matériel acheté neuf, souvent le plus proche de ce qu'on trouve dans une entreprise classique de fabrication. Le parc des machines est en général extrêmement varié et une formation à l'utilisation et la sécurité est nécessaire avant d'utiliser les machines.