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Fablab, Hackerspace, les lieux de fabrication numérique collaboratifs

Enjeux économiques

Les lieux de fabrication numérique collaboratifs transforment le rapport à l'argent : libre accès, échange non marchand, pratiques collaboratives ; et ce, sans pour autant empêcher la création de valeur marchande, et encore moins se couper du monde de l'entreprise, qu'ils peuvent au contraire contribuer à dynamiser.

Accès au lab

Dans les lieux ouverts à tous, la découverte du lab (en OpenLab) n'est pas payante, mais pour les gens qui utilisent le lab régulièrement, une contribution financière (adhésion à l'année ou abonnement mensuel par exemple) est souvent demandée. Certains labs mettent en place des aménagements financiers en fonction des revenus des membres, ou du niveau d'ouverture et de documentation des projets qu'ils viennent réaliser.

En effet, pour réellement encourager l'expérience collaborative, l'accès aux différents labs se doit d'être le plus ouvert possible, y compris en évitant autant que possible les barrières financières. En particulier, les fablabs incluent dans leur charte l'existence du temps de libre accès, gratuit.

Même si l'accès à ces différents labs est par choix le moins cher possible, beaucoup ont toutefois, de par leur financement en partie public ou leur statut associatif, la responsabilité de devoir veiller à ne pas concurrencer directement les entreprises fournissant des services.

L'objectif de création de valeur commune (puisque régie par des licences libres) impose de manière logique que les contributeurs n'aient pas à payer de somme significative.

Création de valeur non monétaire

Toutes les richesses ne sont pas mesurables selon des critères purement financiers. Un fablab est un lieu où naissent des idées, et dans l’esprit des lieux, celles-ci sont amenées à être partagées, améliorées sur la base d'anciennes. Les labs, à travers des projets qu'ils hébergent, rendent possibles et aident à développer, augmentent le savoir et le niveau technologique collectifs.

La diffusion la plus large possible des projets et réalisations documentés et publiés en license libre augmente la richesse commune, car le partage de l'information permet à tout le monde de bénéficier des améliorations apportées aux projets ouverts, conduits selon des pratiques collaboratives.

Pratiques collaboratives

Dans un lab, les choses sont très souvent faites ensemble, les collaborations se font en général très naturellement, et il se crée une sorte d' « économie du coup de main », basée sur la réputation des divers participants plutôt que sur leurs moyens financiers. Outre les valeurs du mouvement DIY* (do it yourself : fais le toi-même), on parle parfois de celles du DIWO* (do it with others :  fais le avec d'autres), également représentées, et explicitement encouragées dans cet univers.

Le fait de publier les plans et fichiers de conception impose aux concepteurs un effort supplémentaire, puisqu'ils doivent s'attendre à la relecture et l'examen de leurs pairs d'une part, et d'autre part, simplement prendre le temps de documenter correctement et publier leurs travaux.

Cela permet aux autres concepteurs d'apprendre par l'exemple, d'examiner les pratiques d'autrui et d'avoir une réflexion sur leurs propres pratiques. Outre un phénomène certain d'émulation, cela permet de ne pas "réinventer la roue". Il est plus pertinent d'utiliser un projet ou une brique de conception existants pour pouvoir soit les améliorer, soit les intégrer à un projet différent.

Au final, tout comme dans le monde du logiciel libre, cela permet d'obtenir des résultats en général plus efficaces, plus robustes que ce que peut obtenir une équipe de conception fermée.

Tout autant qu'internet permet l'émergence d'un ensemble de ressources communes dans le domaine du logiciel (logiciels libres, dont le code source est diffusé grâce à diverses licences adaptées), les lieux de fabrication numérique collaboratifs peuvent permettre l'émergence d'un ensemble de ressources communes dans le domaine du matériel (matériel libre, dont les plans sont diffusés grâce à diverses licences adaptées).

Le parallèle entre ces deux univers va plus loin, puisque tout comme le logiciel libre, le matériel libre n'interdit pas la création de valeur marchande. On retrouve la distinction en anglais entre free-as-in-free-speech versus free-as-in-free-beer : la nuance sémantique du terme anglais free, qui peut signifier à la fois libre et gratuit, permet de présenter les deux aspects qu'on retrouve dans le libre.

Création de valeur marchande

Même si la contribution à des projets collaboratifs est le plus souvent faite à titre gratuit, il est tout à fait envisageable que certains acteurs se professionnalisent progressivement. Au fur et à mesure qu'un projet se développe, que des utilisateurs manifestent un intérêt pour ce qui est créé, les contributeurs du projet peuvent finir par générer un revenu grâce à leur travail.

En effet, une personne visitant un lab initialement pour réaliser un projet personnel peut progressivement se rendre compte que ce projet est de plus en plus abouti, qu'il intéresse diverses personnes, prêtes à payer pour des prestations de conseil, ou bien - puisqu'il s'agit de matériel et non simplement de logiciel, pour acheter des exemplaires de l'objet fabriqué.

En ce sens, un lab peut parfaitement servir à un créateur pour tester et affiner un concept, prototyper diverses choses, qui sont ensuite vendues et peuvent tout autant représenter un complément de revenus pour un travail à temps partiel, que conduire à un passage à temps plein et à la création d'une entreprise. Notamment, l'entreprise Makerbot*, rachetée récemment par un acteur industriel traditionnel pour une somme importante, est issue du hackerspace NYC resistor*.

Rapport aux entreprises

Un FabLab n'est (en général) pas une entreprise. Des liens peuvent néanmoins se former avec celles-ci : parfois du mécénat ou du sponsoring, les labs peuvent également avoir des entreprises pour membres, ou momentanément louer le lieu ou les outils.

Les grosses entreprises vont plutôt voir dans le lieu un moyen d'apprendre de nouvelles pratiques, de conserver ou retrouver une agilité de petite structure, voire d'entrer en contact avec un mouvement d'innovation. Les plus petites structures vont quant à elles plus chercher à bénéficier de moyens complémentaires aux leurs, ou qui leur manquent entièrement. Pour toutes, c'est un vivier de main-d’œuvre et de compétences.

Outre ces rapports d'échanges avec des entreprises, un lab peut être le lieu de naissance de nouvelles entreprises. En effet, quel meilleur cadre pour une start-up hardware* qu'un lieu de fabrication numérique ? Puisque tout le matériel requis pour la fabrication de prototypes est à disposition, il est possible de concentrer son énergie (et ses capitaux) sur son cœur d'activité. Il est également possible, avant de se lancer réellement dans la création de l'entreprise, de tester diverses idées, de fabriquer un démonstrateur permettant de convaincre des partenaires. Un lab est également l'endroit idéal où rencontrer des partenaires, puisque dans la population qui fréquente un lab, nombreux sont ceux qui peuvent se laisser tenter par l'aventure de la création d'entreprise.