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Sésamath : Mode d'emploi

Modèle économique

Sésamath France ne possède pas de modèle économique spécifique. L'équilibre économique de l'association s'est construit au fur et à mesure des opportunités et des difficultés rencontrées. Il est en constante évolution. Plutôt que d'exposer un modèle complet, l'objectif de ce chapitre est donc de décrire les étapes marquantes de sa construction et les questions qu'elles ont soulevées.

Un modèle en évolution : de la recherche de subventions à l'édition de manuels

En 2003, Sésamath essaie d'obtenir auprès de l'Éducation nationale des décharges horaires pour les enseignants très impliqués dans le pilotage de projets. Le temps de décharge, géré par l'association, permettrait d'accélérer leur développement. Face au refus du ministère, des modèles alternatifs se mettent en place.

En 2009, Sésamath réorganise ses projets (voir les chapitres « Fonctionnement et projets » et « Textes fondamentaux »). Les projets dits « de Sésamath » relèvent de la responsabilité de l'association qui est la seule à pouvoir recevoir des financements pour la création de ressources. Auparavant Sésamath était plutôt une fédération de projets qui pouvaient organiser de façon autonome leur financement.

La création sous licence libre des cahiers «d'exercices et des manuels fait émerger un nouveau modèle. Produits par Sésamath, les manuels sont accessibles gratuitement sur Internet. Parallèlement, leur version papier est commercialisée par un éditeur à un prix inférieur à celui du marché (environ 65 % du prix habituellement constaté). Des produits dérivés des manuels, par exemple les CDROM accompagnant le manuel numérique, sont aussi commercialisés par cet éditeur, tout en restant téléchargeables gratuitement sur le site de Sésamath.

Ce mode de fonctionnement est complètement nouveau dans le monde l'édition. L'éditeur joue ici davantage le rôle d'un diffuseur et n'intervient pas dans la réalisation du manuel. Nouveau dans le marché du manuel scolaire, celui-ci a pris un risque économique important et n'a accordé en contrepartie à Sésamath que des royalties assez faibles en 2006 (10% du prix). Compte tenu du succès rencontré, le montant des royalties a été de nouveau discuté et revu à la hausse pour représenter environ 20% du prix en 2008.

La multiplication des publications, le souhait de ne pas dépendre d'un seul partenaire et de sensibiliser d'autres maisons d'édition au libre sont autant de raisons pour Sésamath de collaborer avec des éditeurs différents. Chacune des éditions papier donne lieu à un contrat d'édition qui précise les rôles des signataires et le niveau des royalties.

Les activités bénévoles et salariées

Sésamath obtient des recettes importantes grâce au succès des publications. L'association est alors en mesure de recruter parmi les enseignants membres des salariés dont la mission est d'accompagner les projets ou de développer les logiciels. Grâce aux bénéfices, l'association réalise enfin son souhait de consacrer davantage de ressources humaines au développement des projets. Pour autant, Sésamath ne souhaite pas privilégier les projets lucratifs et recruter davantage de salariés.

En 2007, un membre est salarié à temps plein pour accompagner les projets d'édition. Afin que la personne ne perde pas son poste et garde un pied « sur le terrain », l'association préférait employer un salarié à mi-temps mais l'Éducation nationale ne le permettait pas à l'époque. Son rôle est d'animer les équipes de contributeurs et de les aider. Il s'occupe également de la communication, l'association étant de plus en plus sollicitée par des curieux, des institutions et des médias pour présenter son activité.

Par la suite, avec la possibilité accordée aux enseignants d'obtenir des disponibilités partielles, des mi-temps sont proposés aux membres développeurs des plateformes et des logiciels. La mission des membres salariés est de faciliter l'activité des bénévoles dans la production des ressources.

Le mode de salariat choisi est la compensation stricte. La perte de salaire de l'enseignant en disponibilité de l'Éducation nationale est compensée pour équivaloir à la rétribution d'un enseignant à plein-temps à ce niveau de carrière.

Fin 2013, Sésamath salarie trois temps-pleins et deux mi-temps. Grâce à ce nouveau soutien aux bénévoles, l'activité se développe dans de nombreuses directions : nouveaux projets, logiciels de gestion de compétences, LaboMEP ... La gestion des serveurs, les remontées de bugs, le suivi des demandes de corrections deviennent plus efficaces. La maintenance régulière du site et des logiciels améliore la perception des utilisateurs de l'accès aux ressources, jugé fiable.

Les demandes des utilisateurs et la gestion des nouveaux projets, qui demandent naturellement un suivi technique, génèrent un surplus d'activité pour l'association.

Les subventions et conventions

Actuellement, la majeure partie des ressources de Sésamath est issue de la vente des ouvrages édités. La volonté de diversifier les recettes oriente l'association vers la recherche de subventions. Au moment de la mise en place du site d'accompagnement à la scolarité Mathenpoche, l'association adresse à partir de 2012 des demandes de soutien aux collectivités locales (Conseil généraux* et régionaux*) dont peu répondent favorablement.

Par le biais de conventions signées lors de la mise en place du logiciel LaboMEP, quatre académies participent à son coût de fonctionnement et de développement. LaboMEP est hébergé sur des serveurs de Sésamath et dans le cadre de la convention, des connecteurs peuvent être mis en place avec les ENT* des académies. Toutefois, l'accès au logiciel reste gratuit sur Internet. La politique de l'association concernant ces conventions pourra évoluer suite au grand nombre de demandes de connecteurs émanant des utilisateurs. 

Le développement du logiciel SACoche et les nombreuses demandes de connecteurs ont amené à mettre en place des conventions avec les collectivités, mais aussi avec des établissements scolaires.

Un colosse aux pieds d'argile ?

Les comptes de Sésamath (http://www.sesamath.net/index.php?page=comptes) affichent des recettes importantes. Celles-ci émanent à plus de 80 % de l'édition des ouvrages papier. La provenance quasi exclusive des revenus peut apparaître comme une fragilité du modèle. En effet, les délais de publication contraignants imposés par les projets éditoriaux demandent un investissement très fort aux équipes. En cas de rupture dans la chaîne éditoriale, les recettes se verraient amputées d'une part très importante, ce qui aurait des conséquences lourdes sur le fonctionnement de l'association.

Par ailleurs, des spécificités liées à l'environnement social ou géographique (marché de l'édition, échelle, historique de l'association) obligeront d'autres associations souhaitant s'inspirer de l'expérience de Sésamath à explorer de nouveaux modes de financement. En retour de ces réflexions pourront naître de nouveaux exemples de financement possible pour Sésamath France.

Ainsi ce rapide historique a-t-il mis en évidence comment le modèle économique est amené à évoluer en permanence pour permettre à l'association de mener à bien sa mission « les mathématiques pour tous ».