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Sésamath : Mode d'emploi

Construction d'un manuel papier

Depuis 2005, Sésamath France a élaboré toute une collection de manuels et cahiers scolaires de mathématiques et a pu ainsi acquérir une expérience et expertise importante concernant une méthode possible pour la création collaborative de tels ouvrages. Nous examinerons successivement la mise en place de cette méthode par Sésamath ainsi qu'un exemple concret dans le cas du manuel 6éme. 

Sésamath : une expertise dans la création collaborative de manuels scolaires

pour chacun des manuels ou cahiers, la même méthode a été mise en pratique.

Pour cela, il a été utilisé:

  • Un traitement de texte et des logiciels de retouche d'image, pour la production des documents. Le choix a été d'utiliser les logiciels libres et gratuitement téléchargeables de la suite OpenOffice.org ou libreoffice.org, pour l'aspect libre et leur facilité d'utilisation. Deux extensions de OpenOffice, Dmaths (http://www.dmaths.org/)  qui permet de faciliter l'écriture des formules mathématiques et Oootep (disponible dans Dmaths) qui permet d'importer dans OpenOffice draw des figures préparées à l'aide du logiciel de géométrie dynamique Tracenpoche.
    L'équipe travaillant sur le manuel de seconde a choisi d'utiliser la suite LaTeX, logiciel libre, gratuitement téléchargeable. LaTeX permet une séparation de la mise en forme et du contenu, mais nécessite une compilation. Cela peut être un inconvénient à cause d'une prise en main qui peut être difficile au début, mais des avantages sont certains concernant la qualité de la mise en forme, et une éventuelle réutilisation future des productions1 .
  • Une liste de diffusion, pour communiquer en équipe. Lorsqu'un mail est envoyé à la liste de diffusion, tous ses abonnés reçoivent ce message. C'est le moyen privilégié pour toutes les discussions.
  • un site internet de type wiki, pour centraliser et diffuser les documents internes, comme les feuilles de route de chaque chapitre, les progressions, les idées et brouillons de productions, etc. Chaque participant au projet peut intervenir. Il est complémentaire à la liste de diffusion.
  • une interface collaborative, pour regrouper et classer toutes les productions. Elle permet de garder l'historique des différentes versions des documents. Seuls les participants au projet peuvent y accéder.

Pour la réalisation d'un manuel ou d'un cahier collaboratif, la demande s'adresse aux membres de Sésamath pour savoir qui serait intéressé par le projet. Cette demande est effectuée par l'intermédiaire de la lettre sésaprof (22 000 profs de maths inscrits) afin de recruter de nouveaux contributeurs.

Les contributeurs recherchés ne sont pas uniquement des auteurs. Il est important de pouvoir compter sur des relecteurs pour débusquer les coquilles et avoir un regard neuf sur les productions mais aussi sur des testeurs pour donner leur avis après utilisation en classe, afin de pouvoir ensuite modifier le document en fonction de ces retours. C'est une des spécificités des manuels et cahiers Sésamath : ils ont été élaborés "sur le terrain", et tant qu'ils n'ont pas été imprimés, leur contenu peut évoluer en fonction des retours des utilisateurs qui participent ainsi par leurs remarques à en améliorer la qualité.

Une fois les personnes déclarées, contactées et "recrutées", un accompagnement est réalisé pour produire les fiches du manuel ou du cahier. Ceux qui ont le plus d'expérience accompagnent les novices en répondant à leurs questions et difficultés par mail ou par Skype, mais également en organisant des réunions en présentiel. Ces réunions permettent de se former à l'usage des outils et d'avancer plus efficacement grâce aux compétences diverses (certains sont spécialistes de la pédagogie, d'autres de la mise en forme, d'autres de création de figures...) toutes réunies autour d'une table. C'est aussi et surtout l'occasion de faire connaissance et de savoir quelles sont les personnes ressources à contacter ensuite (importance de la convivialité).

Un projet manuel ou cahier Sésamath possède des responsables et au moins une personne spécialiste de la mise en page qui finalise et uniformise toutes les fiches.

Pour l'impression papier, l'association a travaillé en collaboration avec un éditeur. Les contacts ont été permanents à propos des délais, de l'élaboration des pages de garde, des figures commandées, des relectures dès qu'un chapitre est terminé...

La création d'un manuel répond au rythme de sortie des ouvrages en France. Chaque année, les livres d'un niveau sortent. Cela impose d'être capable, si on souhaite une sortie papier,  de fournir  un document imprimable en mars de l'année. Cette "dead-line" donne une certaine motivation aux auteurs et impose un certain rythme que ce soit pour l'écriture ou les relectures et commentaires. A contrario une certaine forme de stress arrive avec la proximité de la date limite. Une accélération de l'écriture s'impose au détriment de la durée des discussions sur les contenus. Un choix est donc fait au départ sur l'ordre d'écriture des chapitres en fonction des progressions utilisées en classe pour que des tests soient faits dès le début de l'année scolaire, mais aussi en fonction de la "sensibilité" du sujet (nouveauté, choix pédagogiques discutés, ..) afin d'être certain que des échanges aient le temps de se faire. L'achèvement du manuel est une période difficile à gérer pour les responsables du projet, mais l'arrivée du livre édité est une forme de fierté.

Un exemple concret : la création du manuel de 6ème

Première étape (février mars de l'année précédente) :

Après discussions (sur le wiki, par Skype ou en présentiel) et accords entre les responsables du projet, le manuel ou le cahier est découpé en chapitres. Chacun d'entre eux est ensuite subdivisé en parties :  activités, cours, exercices de base, exercices d'approfondissement et QCM (questionnaire à choix multiples). Ce découpage est le même pour toute la collection des manuels et des cahiers afin d'assurer une cohérence éditoriale d'ensemble. Mais ces choix peuvent évidemment être différents lors d'une adaptation.

Enfin, le nombre de pages est défini pour chaque partie et les responsables du projet établissent un calendrier pour que le manuel ou le cahier soit terminé dans les délais.

Les différents documents sont créés sur l'interface collaborative.

Deuxième étape (à partir de mars avril) :

Afin de garder une cohérence dans le chapitre et permettre une utilisation en classe, les chapitres sont "ouverts" à l'écriture au fur et à mesure. Cela évite un éparpillement dans tout le livre. Le responsable du projet "dégèle" (il s'agit d'une fonction particulière de l'interface collaborative) les documents pour qu'un auteur se déclare responsable sur l'interface collaborative (un auteur par document). 

L'auteur écrit une version de ce document qu'il téléchargera sur l'interface collaborative. Des fichiers modèles avec des styles prédéfinis sont préparés pour chaque partie et des règles de typographie très strictes (surtout concernant les formules mathématiques, les espaces, ...) sont nécessaires. Ils sont disponibles sur le wiki.

Les figures de géométrie sont créées avec OpenOffice Draw. Une extension permet l'import des figures préparées sur le logiciel de géométrie dynamique Tracenpoche afin de les retoucher (couleurs, textes, ajout de quadrillage..).

Ces règles rigoureuses permettent d'uniformiser la mise en forme, point particulièrement délicat dû à l'intervention de nombreuses personnes sur l'ensemble de l'ouvrage.

Le fichier en cours de rédaction est automatiquement déposé sur l'interface collaborative et un mail est envoyé à tous les auteurs pour les avertir de la nouvelle version du document.

 

Chacun donne ses remarques, ses idées afin d'améliorer cette version en répondant par mail sur la liste. L'auteur la modifie puis l'enregistre à nouveau sur l'interface collaborative. Cette phase de discussion est essentielle. Il peut y avoir une dizaine de versions pour le même document, la dernière pouvant être très différente du premier jet. En général, les échanges permettent d'arriver à un consensus, lorsque des désaccords persistent, il peut y avoir recours à un vote. Mais au-delà de la concrétisation d'une proposition commune, chaque participant aux discussions peut ainsi confronter ses idées à celles des autres, découvrir d'autres pratiques, ce qui constitue un intérêt important de l'élaboration collaborative.

Troisième étape (au fur et à mesure de l'avancement des chapitres) :

Lorsque la version du document est jugée à peu près stable, celui-ci est finalisé et mis en page par le spécialiste puis change de statut : il devient "validé" et apparaît automatiquement sur le site du manuel, auquel tout internaute peut accéder. Ce qui permet des retours de tests en classe pour éviter les coquilles (de maths ou d'orthographe). Les modifications suite à ces retours ne sont plus effectuées par l'auteur, mais par la personne chargée de finaliser.

Pour terminer, une phase de relecture est organisée et planifiée par le responsable de projet. Parfois, l'éditeur du projet organise ses propres relectures et fait part de ses remarques, mais c'est  l'équipe qui décide des modifications à apporter éventuellement. Elles sont alors réalisées avant le PDF final qui est une dernière fois passé au crible par quelques personnes. Enfin l'éditeur prend le relais.

  1. Voir le chapitre formats^